Le mouvement populaire face aux grands «développements urbains»

Le mouvement populaire face aux grands «développements urbains»

En 2007, le gouvernement provincial du Québec, en collaboration avec la ville de Montréal, a choisi de fermer et de vider certains hôpitaux municipaux bien connus, tels que l’Hôtel-Dieu, l’Hôpital des enfants, le Royal Victoria et Notre-Dame. Leur projet était de les remplacer par deux super hôpitaux: l’un dans l’ouest de Montréal, sous l’égide de la faculté de médecine de l’Université McGill; et l’autre dans l’est, sous l’égide de la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Ces super hôpitaux ont été conçus sur le modèle de projets similaires en France et, malgré l’évaluation critique des médias et une opinion publique interrogative à Montréal, ils ont néanmoins été mis en place en 2015.

Lors de la vidange des hôpitaux, l’avenir de chacun d’entre eux était incertain. L’Hôpital des enfants est devenu la proie de la spéculation et, finalement, de la construction de condominiums. D’autres, comme les hôpitaux Royal-Victoria et Hôtel-Dieu, sont restés vacants pendant que les gouvernements municipaux et provinciaux délibèrent sur leur sort.

Pour compliquer davantage les choses, l’hôpital Hôtel-Dieu a été séparé en deux composantes. Fondé au début du XIXe siècle, le terrain de 800 000 mètres carrés est constitué de plusieurs pavillons médicaux, qui sont largement vidés aujourd’hui. Ceci après avoir bénéficié d’un investissement du gouvernement provincial de quelque 50 millions de dollars pour de nouveaux équipements médicaux, peu de temps avant la fermeture, qui a ensuite été largement déversé. Un pavillon a été rouvert pour faire face à la peste du Covid-19. L’ensemble du site médical devrait être complètement fermé d’ici 2021. Cette composante relève du ministère de la Santé du Québec.

La deuxième composante était, jusqu’à il y a deux ans, la propriété d’un ordre religieux de religieuses. Elle se composait d’un petit musée, d’une église, de plusieurs grands bâtiments magnifiquement entretenus et d’un jardin privé utilisé uniquement par les religieuses, qui est un modèle de biodiversité. La plupart de cette propriété a été achetée par la ville de Montréal (VdeM) pour 16 millions de dollars. Elle est maintenant une propriété publique, y compris le merveilleux jardin, à l’exception d’un pavillon dans lequel vivent encore un certain nombre de religieuses plus âgées et quelques des éléments « sacrés » qui sont des lieux de sépulture, dont un pour la fondatrice de l’hôpital, Jeanne Mance. Il y a eu quelques «consultations publiques» tronquées sur ce qu’il faut faire de certains des bâtiments, et quelques «journées portes ouvertes», mais à ce jour, tout est voilé de secret par le VdeM. Même le conseiller municipal local hausse les épaules lorsqu’on lui demande: «Que se passe-t-il?» ou «Vous ne pouvez pas le découvrir? La communauté environnante veut savoir».

Pendant ce temps, l’ancienne partie hospitalière du site se tient nue. Il y a quelques années, une coalition de la société civile composée de quelque 25 organisations a été réunie sous la bannière de la Communauté St.-Urbain (CSU). Nous avons élaboré un plan architectural substantiel et détaillé pour le site en mettant l’accent sur les logements sociaux (en particulier les logements coopératifs à but non lucratif), une parcelle agricole urbaine et des espaces pour les groupes culturels. Même si un lobbying intense a été engagé avec les gouvernements provinciaux et municipaux, à ce jour, il n’y a eu aucun mouvement pour traiter de la question de l’utilisation future du site. Le parti provincial au pouvoir, la CAQ, avait une ferme promesse électorale de travailler avec la CSU pour concrétiser sa vision du site, des engagements privés ont été pris par l’actuelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, dans le même esprit, le maire d’arrondissement Luc Rabouin du Plateau s’est engagé publiquement à participer à la réalisation d’un projet de logement social pour la ville. À ce jour, rien.

Nous savons de l’intérieur du ministère de la santé que depuis environ un an, il y a des discussions entre le gouvernement provincial et le VdeM pour vendre la propriété à Montréal, encore une fois, un mur de secret ferme sans aucune tentative de transparence. L’Hôtel Dieu se trouve sur l’avenue des Pins, au coin de Saint-Urbain. Le site de l’hôpital Royal Victoria se trouve également sur l’avenue des Pins, au coin de l’université, avec un million de mètres carrés de terrain. Une partie de ce site a été attribuée à l’université McGill pour l’expansion du campus, et le gouvernement provincial a accordé 37 millions de dollars pour une étude de faisabilité. La plus grande partie restante du site relève de la SQI, une agence du gouvernement provincial responsable des terrains et des bâtiments sous contrôle provincial. La SQI a pour mandat de préparer un « plan de développement » pour le site, qui sera présenté au gouvernement provincial à l’automne 2020. Une fois ce processus engagé, le plan sera soumis à la consultation publique par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). En attendant l’approbation publique des changements de zonage, le site sera rénové et modifié pour divers usages qui se dérouleront sur plusieurs années.

Les bureaucrates de la SQI ont rencontré à contrecœur les représentants de la communauté de Milton-Parc dès le début, au cours duquel certaines de leurs intentions procédurales ont été révélées. Cette rencontre a été suivie, le 22 novembre 2019, d’un « forum public » auquel ont participé quelque 80 personnes, des professionnels de toutes sortes, la plupart non représentatifs de la société civile montréalaise. Depuis lors, un certain nombre de réunions publiques en ligne de la SQI ont été organisées par le Milton-Parc Citizens Committee, l’association des organisations communautaires de l’arrondissement Peter McGill, et avec l’industrie immobilière. En suivant ce dernier événement, toutes sortes d’intentions sont sur la table pour l’immense site, avec pour objectif de donner à la région un statut international. C’est ainsi que des hôtels, des restaurants et d’autres idées glamour ont été proposés par les agents immobiliers. Tout cela est en ligne.

Une chose était claire à l’issue du « forum public » du 22 novembre. Les enjeux étaient élevés et notre travail était fait pour nous. Nous avons donc immédiatement commencé à jeter les bases d’une large coalition qui inclurait les étudiants de McGill (jusqu’à présent exclus du projet d’expansion du campus de McGill), la fiducie foncière communautaire Milton-Parc et son comité de citoyens, le conseil communautaire Peter McGill et d’autres populations concernées. La première étape a consisté à rédiger et à faire accepter un document politique ouvert qui énonce clairement un ensemble de valeurs démocratiques et écologiques, en partant du principe que toutes les terres doivent rester des terres publiques – pas de privatisation. En quelques semaines, même en pleine pandémie, plus de 25 organisations citoyennes de grande envergure ont signé une lettre ouverte consacrant ces valeurs. Il convient de rappeler que le site de l’Hôtel Dieu et le site de RHV reposent tous deux au pied de notre glorieux Parc Mont-Royal.

Cette coalition englobe maintenant non seulement les militants citoyens autour du site du RVH, mais aussi la CSU de l’Hôtel Dieu, et plus à l’est l’Institut des Sourdes (un autre ensemble de bâtiments du gouvernement provincial sur l’av des Pins et St Denis). Denis). Ce dernier site dispose de son propre comité permanent qui réunit les associations de logement social et les représentants du conseil d’arrondissement du Plateau. C’était le site préféré du précédent maire de l’arrondissement, et il est donc plus avancé. Il a récemment reçu une subvention provinciale de 20 millions de dollars pour réaliser son étude de faisabilité, tout comme un autre site dans le sud-est de la ville.

La Coalition des Trois est maintenant confrontée au défi de savoir comment, ensemble, elle peut ouvrir les portes et les fenêtres de la structure du pouvoir pour que les citoyens et leurs associations participent activement à un processus de prise de décision démocratique qui promeut une vision et des plans en faveur du bien commun. Cet objectif, dans une ville confrontée à une très grave crise du logement pour les personnes qui ont besoin d’un logement social pour vivre et sécuriser leur vie quotidienne.

La détermination de la base est ferme. La poursuite de la mise en place de ce projet comprendra une deuxième grande assemblée des citoyens, « À Nous Le Plateau« , qui se tiendra bientôt. L’assemblée citoyenne de l’année dernière a rassemblé plus de 250 citoyens du Plateau, reflétant une diversité étonnante de gens ordinaires. Les nuages d’orage se profilent déjà à l’horizon, alors que nous affronterons les élections municipales dans environ 14 mois. La gauche urbaine a sa place dans ce drame important dont l’issue déterminera la forme et la vocation du centre de Montréal.

Dimitrios I. Roussopoulos est un activiste politique, un écologiste, un écrivain, un éditeur, un organisateur communautaire et un orateur.

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