L’avenir politique de Montreal : Tracer notre meilleure voei

Photo tirée du reportage de la CBC sur <<Open letter calls for Quebec government to step in on Royalmount project.>>

L'avenir politique de Montrea l: Tracer notre meilleure voei

Quinze mois avant les élections municipales de Montréal de novembre 2021, La Presse a publié un grand article spéculant sur l’avenir politique de notre ville. Il existe déjà une série de discussions privées de la part des prétendants challengers au gouvernement actuel de Projet Montréal.

Lors de la formation de la Gauche urbaine de Montréal (GUM) en 2018, les membres fondateurs et les sympathisants ont convenu que le groupe devait aspirer à jouer deux rôles complémentaires par rapport à l’administration de Projet Montréal, tant au niveau central qu’au niveau des arrondissements : celui de chien de garde, travaillant à tenir Projet Montréal à ses engagements, et celui de chien de tête, encourageant Projet Montréal à être un pionnier de la politique progressiste à Montréal.

Depuis sa création, la GUM a organisé plusieurs réunions publiques très prisées et a mis en place un certain nombre de groupes de travail sur diverses questions urbaines. En même temps, dans la grande communauté des activistes urbains, de nombreux échanges interpersonnels et intercommunautaires ont eu lieu sur des questions telles que la gratuité des transports publics, le REM, le développement de RoyalMount, le changement climatique et la ville, l’agriculture urbaine et le projet de développement proposé sur l’ancien circuit de course des Blue Bonnets, entre autres préoccupations des citoyens. De plus, il y a eu plusieurs consultations publiques majeures de l’OCPM sur la ville et le changement climatique ainsi que sur la police de Montréal et le racisme systématique, toutes issues de l’utilisation par les militants de la clause d’initiative citoyenne de la Charte des droits et responsabilités de Montréal, qui donne aux citoyens le pouvoir d’obliger la tenue de consultations publiques sur des questions légitimes. Cela permet aux grandes questions et alternatives politiques à débattre entre les élections municipales.

Dans les années qui ont suivi l’élection de Projet Montréal, au moins deux fissures majeures sont apparues dans les rangs de l’administration. D’abord, il y a eu une tentative d’évincer l’élu maire d’arrondissement de Villeray–St-Michel–Parc Extension, un incident qui a beaucoup retenu l’attention des médias. La maire de l’arrondissement Giuliana Fumagalli a été exclue du caucus de Projet Montréal sur des allégations de harcèlement en milieu de travail et elle continue de servir ses électeurs en tant qu’indépendante entourée de confrères hostiles du conseil d’arrondissement. La deuxième grande fissure politique s’est produite au sein du conseil d’arrondissement de NDG-Côte des Neiges. Une fois de plus, elle est apparue à la suite de tentatives de censure et d’isolement du maire de l’arrondissement. Ces deux épisodes majeurs ont révélé la poigne du pouvoir central de la mairie et de son entourage. Il n’y a aucune preuve que ces deux situations aient été discutées au sein du parti par les membres. Les médias ont payé une attention considérable à ces drames. Et lors des réunions du conseil d’arrondissement où une partie de ce qui se passait était diffusée, les politiciens locaux ont fait preuve d’une grande démagogie.

Lorsque la pandémie a frappé durement la ville, l’administration Plante a eu tendance à suivre l’exemple du gouvernement provincial en ce qui concerne les mesures à prendre pour aplatir la courbe des coronavirus. Montréal est devenue une ville fantôme. Dans ces circonstances restrictives, les organisations communautaires se sont mises à l’œuvre, s’engageant dans l’entraide et mettant en place des programmes de solidarité. Des dons ont été sollicités et reçus de la Ville, des conseils d’arrondissement et du gouvernement fédéral. Ce travail impressionnant comprenait des livraisons de nourriture, de l’aide aux personnes âgées, la distribution gratuite de masques, des marchés alimentaires et des arbres téléphoniques pour surveiller les membres vulnérables de la communauté et maintenir le contact entre les gens. Dans certains quartiers, ce travail a également eu une dimension politique dans ses appels à la justice sociale pour tous.

Comment pouvons-nous continuer à poursuivre dans cette voie de solidarité communautaire en action? La pandémie a éclipsé les discussions critiques sur de nombreuses questions urbaines majeures et certains projets restent cachés dans le secret. Il ne faut pas oublier que la ville de Montréal possède la plus grande bureaucratie de toutes les villes d’Amérique du Nord… Par exemple, Toronto, une ville de 6,7 millions d’habitants avec un budget annuel de 13 milliards de dollars, a une bureaucratie de 35 771. Montréal, une ville de 1,75 million d’habitants avec un budget annuel d’un peu plus de 6 milliards de dollars, a une bureaucratie de 30 000 personnes. Alors que Plante & co. a proposé un plan pour conserver un grand espace vert dans l’Ouest de l’Île, c’était un compromis inacceptable pour les écologistes sur le Technoparc, un sanctuaire important pour les oiseaux migrateurs. Aussi, alors que l’administration Plante a annoncé son intention de consulter les citoyens sur le budget de la Ville, le processus n’est pas convaincant à ce jour. Un budget participatif peut être un outil démocratique important pour les citoyens engagés dans un processus décisionnel, mais la consultation publique échauffée de Projet Montréal n’est guère comparable à de nombreux exemples de processus de budgétisation participative. [1] La vaste Coalition contre le changement climatique a trouvé les engagements et les réalisations de l’administration Plante jusqu’à présent timides et inadéquats. Malgré la taille de sa bureaucratie, on ne peut pas dire que Montréal ait fait beaucoup de progrès pour devenir une ville plus démocratique et écologique. Cela devrait faire réfléchir les radicaux alors que nous sommes appelés à soutenir Projet Montréal aux bureaux de scrutin dans 15 mois.

Bien sûr, des éléments de l’establishment politique et économique voudront très certainement voir Projet Montréal défait et ils soutiendront l’un des deux partis politiques d’opposition existants, qui sont tous deux à la droite de Projet Montréal; ou peut-être y aura-t-il une tentative de former un nouveau parti politique dirigé par un politicien recyclé, avisé des médias et motivé uniquement par l’opportunisme.

Les discussions sur la façon dont la gauche urbaine et communautaire devrait se positionner par rapport au Projet Montréal ont commencé avant même les dernières élections et se sont poursuivies depuis. Avec les prochaines élections dans un peu plus d’un an, il est temps de parvenir à certaines conclusions. Un plan et un programme doivent être mis en place avec la vision d’une ville démocratique, d’une ville écologique et d’une ville engagée dans une transformation sociale fondamentale. Peut-on pousser Projet Montréal vers la gauche et le convaincre d’adopter et de mettre en œuvre un programme de changement social et politique fondamental ? Peut-on convaincre ses représentants élus de travailler à un tel programme au niveau local? Peut-on rendre le parti lui-même plus authentiquement démocratique?

Alors que nous nous rapprochons de la maîtrise de la pandémie, la tendance sera d’agir comme si de rien n’était. Nous devons nous y opposer fermement. Les citoyens sont avides de changements réels. En attendant, la saison des partis politiques « champignon » est arrivée. Deux nouveaux partis ont déjà bénéficié d’une certaine couverture médiatique. Efforçons-nous de faire pression pour un véritable changement, et rien de moins.

[1] « “Another City is Possible – alternatives to the city as a commodity – participatory budgeting”

Yves Cabannes et Delgado Cecilia. (Black Rose Books, 2019)

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