Debout Montréal, bloquons le Royalmount !

Ce texte a été cosigné par des centaines de Montréalais.es de tous les horizons. Une version abrégée a été publiée dans Le Devoir. 

Malgré la lettre ouverte d’une coalition de représentants des milieux d’affaires, écologistes, universitaires, professionnels et citoyens exigeant un moratoire immédiat sur le projet Royalmount, la Ville de Montréal renonce à imposer un « temps d’arrêt » à ce mégaprojet tout droit sorti d’un mauvais rêve du XXe siècle. Alors qu’une grève mondiale pour le climat aura lieu le 15 mars prochain, l’administration Plante choisit de ne pas freiner une aberration urbanistique en totale contradiction avec la vision et le programme de Projet Montréal.

Alors qu’une grève mondiale pour le climat aura lieu le 15 mars prochain, l’administration Plante choisit de ne pas freiner une aberration urbanistique en totale contradiction avec la vision et le programme de Projet Montréal.

Suite à des rencontres discrètes avec le promoteur Carbonleo et le gouvernement du Québec, la mairesse semble avoir préféré une voie conciliatrice par la création d’un comité de travail sur la mobilité dans le secteur Namur-De la Savane. Celui-ci aura pour mandat de « déterminer les besoins en mobilité aux abords de l’échangeur Décarie et faire des recommandations en matière de mobilité et d’aménagement pour les secteurs avoisants ». La mairesse cherche donc à améliorer le projet à la marge, allant ainsi à l’encontre des recommandations du rapport de la Commission sur le développement économique et urbain et l’habitation adopté le 24 janvier 2019, qui demande de prendre une pause pour assurer une planification intégrée et revoir le projet en profondeur.

Rappelons quelques détails de ce rapport d’étude accablant sur les impacts du projet Royalmount :

  • détérioration considérable des conditions de circulation dans ce secteur où le réseau routier est actuellement à saturation avec 360 000 véhicules qui y transitent déjà quotidiennement via l’échangeur Décarie. À cet effet, les études évaluent que les temps de transit pourraient être allongés de 10 à 30 minutes, selon l’autoroute et la direction empruntées.
  • érosion commerciale pour les centres d’achats environnants (Centre Rockland, Place Vertu, Marché Central), et le centre-ville, amplifiant ainsi la saturation de l’offre commerciale et de divertissement sur le territoire de l’agglomération de Montréal.
  • absence d’acceptabilité sociale pour la vaste majorité des 76 documents déposés à la Commission.

Il faut ajouter à cela les coûts du trafic qui pourraient passer de 66,8 M$ à un montant entre 75 M$ et 85 M$ selon les estimations d’une étude de l’IRIS, et générer à lui seul plus de 15 718 tonnes d’équivalent CO2 annuellement (l’équivalent de la moyenne annuelle de gaz à effet de serre de 1041 Canadiens selon un rapport de CAA). Certes, les taxes foncières pourraient amener 25,8M$ de revenus annuels pour la Ville de Montréal, mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle? Pour reprendre la célèbre phrase de Pierre-Yves McSween, avons-nous vraiment besoin de 5 hôtels, 160 commerces, 75 restaurants, des tours de bureaux, un parc aquatique, un aquarium, un cinéma et deux salles de spectacle supplémentaires, avec poignée de logements pour pimenter le tout?

Face aux promoteurs capitalistes qui cherchent à s’enrichir avec un projet aux conséquences néfastes pour l’environnement, le tissu urbain et la congestion routière, l’administration Plante devrait se tenir debout, comme elle le fait déjà en résistant dignement à la poursuite-bâillon des dirigeants de l’ancienne Formule E. Si jamais le projet Royalmount se concrétise, cet éléphant blanc entachera à coup sûr le bilan de Projet Montréal, désillusionnera la population face aux forces progressistes qui prétendent vouloir faire de la politique autrement, et aura un impact négatif irréversible en plein coeur de la plus grande métropole du Québec.

Face aux promoteurs capitalistes qui cherchent à s’enrichir avec un projet aux conséquences néfastes pour l’environnement, le tissu urbain et la congestion routière, l’administration Plante devrait se tenir debout.

Comme il ne semble pas que le projet puisse être redéfini de façon substantielle à court terme pour « offrir une réponse adéquate aux besoins de la population montréalaise », l’administration Plante doit tenir tête face aux pressions des promoteurs mégalomanes. Nous, citoyennes et citoyens de Montréal, devrons continuer à dénoncer la vision à courte vue de Ville Mont-Royal, mais aussi faire pression sur la Ville de Montréal pour lui donner le courage de mener cette bataille. En l’absence d’une entente négociée avec l’ensemble des citoyens et citoyennes de Montréal, qui sont tout aussi concernés que les parties prenantes immédiates du projet, nous devrons utiliser tous les outils légaux et actions collectives à notre disposition pour imposer la suspension du Royalmount : manifestations, occupations, organisation d’une « zone à défendre », campagnes virales sur les médias sociaux, actions directes, etc.

Comme nous nous ferons sans doute accusés d’être des « immobilistes » opposés au progrès et au développement économique, il faut rappeler que les immobilistes du XXIe siècle sont précisément les grands promoteurs qui proposent des projets urbains à courte vue, dignes de l’obsolescence programmée, qui érodent l’économie de proximité et les bases pratiques pour construire une ville inclusive, démocratique et résiliente. Pour revitaliser le secteur Namur-De la Savane, pourquoi ne pas envisager une stratégie d’urbanisme transitoire, à l’instar de l’expérience des Grands Voisins à Paris? Nous pourrions aussi envisager la reconversion de ce grand site urbain, comme l’ancien aéroport Tempelhof à Berlin qui a été transformé en gigantesque espace public mi-bétonné mi-gazonné, rempli de jardins communautaires, activités culturelles, événements sportifs, Biergarten, etc.

Le problème aujourd’hui n’est pas tant le divertissement en soi, lequel est nécessaire pour tenir le coup face aux pressions du travail, la compétition, les exigences de performance et l’accélération sociale. Nous avons plus que jamais besoin d’espaces collectifs de résonance pour nous détendre, nous rencontrer, flâner, jouer, contempler et expérimenter d’autres relations au monde. Pourquoi ne pas imaginer d’autres projets urbains créatifs basés sur le principe du commun, de la coopération, du partage, de l’espace public ouvert et convivial, plutôt que toujours miser sur le modèle vétuste de la ville néolibérale, qui contribue à la privatisation des espaces et la marchandisation de nos existences ?

Pour commencer, nous irons rejoindre la manifestation étudiante pour le climat le 15 mars, tout en articulant une revendication globale, la justice climatique, à un enjeu local très concret, bloquer un grand projet inutile. Dans un deuxième temps, si l’administration Plante ne met pas place un moratoire, nous devrons organiser une vaste lutte urbaine pour arrêter ce projet aberrant destiné à enrichir une poignée de super-riches. Nous devrons bâtir une coalition large de groupes citoyens, urbanistes, syndicats, organismes communautaires, organisations écologistes, acteurs de l’économie sociale, comités pour le droit au logement et autres mouvements sociaux pour bloquer le Royalmount et co-construire un projet alternatif digne de notre époque.

Nous devrons bâtir une coalition large de groupes citoyens, urbanistes, syndicats, organismes communautaires, organisations écologistes, acteurs de l’économie sociale, comités pour le droit au logement et autres mouvements sociaux pour bloquer le Royalmount et co-construire un projet alternatif digne de notre époque.

Même si nous avons une administration « progressiste » au pouvoir, le poids des intérêts privés continuera toujours de se faire sentir et de menacer l’intérêt général. Comme le disait Jefferson, « le prix de la liberté c’est la vigilance éternelle ». Il est temps de réinvestir le palier municipal pour qu’il devienne le véritable tremplin du pouvoir populaire et de la transition écologique. Citoyens et citoyennes de Montréal, unissez-vous ! Sauvons le climat, et soyons conséquents : bloquons le Royalmount!

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